Henri Sellier, urbaniste et réformateur social PDF

Dans le contexte de profonde crise du logement des années 1950, les cités de transit furent adoptées comme solution au relogement des familles algériennes des bidonvilles. La genèse de ce dispositif, à la croisée d’un héritage colonial, d’une histoire longue de l’éducation par le logement et de la guerre henri Sellier, urbaniste et réformateur social PDF’Algérie, explique sa stigmatisation durable.


Cet ouvrage retrace la vie, trop méconnue, d’un homme d’exception dont l’action pionnière dans l’entre-deux-guerres a jeté les bases d’un urbanisme social qui marque encore aujourd’hui bien des villes françaises. Influencé dans sa jeunesse par deux  » révolutionnaires  » d’un type particulier, les ingénieurs Édouard Vaillant et Jules-Louis Breton, convaincus que la santé du peuple doit accompagner le projet politique, Henri Sellier (1883-1943) fut d’abord militant coopératiste et syndicaliste. Il s’engage ensuite dans l’action municipale, où il donnera son exacte mesure comme conseiller général du département de la Seine, puis en banlieue parisienne comme maire de Suresnes de 1919 à 1941. S’intéressant à tous les aspects de la vie quotidienne de ses administrés, il organise une  » défense sanitaire  » dès l’enfance, crée les lieux et les moyens d’une éducation pour tous les âges, bâtit nombre d’équipements et innove en matière de logements, dans un souci d’hygiène et de confort. Sellier hisse ainsi Suresnes au rang de modèle français de cité-jardin, qui fait de lui l’égal d’un Godin, le fidèle de Fourier et fondateur du familistère de Guise. Par l’ensemble de son action, Sellier restera une figure de proue pour les édiles européens de la social-démocratie dans l’entre-deux-guerres.

Groupe de rééducation sociale », « logement tiroir », « cités de relogement », « habitat-prison », « dispositif d’assistance », « habitat-dépotoir », « cités promotionnelles » sont autant de termes utilisés pour désigner les cités de transit. Ces qualificatifs contradictoires sont révélateurs de l’ambiguïté des objectifs de ce dispositif. Une décennie plus tôt, la guerre d’Algérie avait précipité le développement des cités de transit comme outil destiné à répondre à l’urgence de la résorption de bidonvilles algériens de métropole : elles sont le pendant, pour le traitement des familles, des foyers conçus pour le relogement des hommes « isolés ». L’histoire des cités de transit renvoie d’abord aux urgences successives qui se sont présentées.

Leur caractère d’habitat provisoire les rapproche des baraquements construits pour les sinistrés de la Seconde Guerre mondiale ou des cités d’urgence édifiées après l’appel de l’Abbé Pierre de l’hiver 1954. La généalogie dispersée des cités de transit conduit aussi dans l’espace colonial, où diverses expériences de logements à normes réduites réservés aux populations « indigènes » sont menées. En Algérie en particulier, à partir du milieu des années 1950, sont édifiées en proportion importante des cités dites « de recasement » pour les habitants des bidonvilles qui se sont développées en particulier à Alger dans l’entre-deux-guerres, comme celui de Mahieddine. Rien ne dit, cependant, que ces relogés aient bénéficié d’une réelle action sociale.

Enfin, la genèse des cités de transit renvoie à la volonté de transformation sociale par l’habitat. Ainsi, ce n’est qu’après guerre que la nécessité d’une action socio-éducative est progressivement systématisée dans la lutte contre les taudis. 1960, ces expériences gagnent en consistance avec le lancement d’opérations de rénovation urbaine plus systématiques. Plus encore, la guerre d’indépendance entraîne une croissance des bidonvilles en métropole qui conduit à une première cristallisation du modèle de la cité de transit associant plusieurs aspects des expériences en cours. La guerre d’Algérie et ses développements liés à l’intensification de la migration en métropole donnent un nouveau tour à ces premières tentatives. 1959, la résorption des bidonvilles apparaît comme une urgence politique et sécuritaire. Les associations spécialisées déjà évoquées voient leur savoir-faire mobilisé dans des projets impliquant des relogements plus nombreux, et acceptent une révision provisoire du principe de dispersion des familles.

Dans l’agglomération parisienne, où la résorption des bidonvilles algériens est portée au niveau de priorité gouvernementale dans le cadre de la lutte contre le FLN, l’inflexion est encore plus nette. On prétend à la fois montrer aux familles des bidonvilles qu’elles font partie de la société française et les couper des militants nationalistes, qui ont fait du labyrinthe des baraques un refuge gênant l’action de la préfecture de police. L’encadrement social semble néanmoins relativement limité en pratique. Dans certains cas interviennent les assistantes sociales de secteur, dans d’autres cas des associations de bénévoles. Courbevoisiens intervenant déjà dans les bidonvilles, qui insiste pour la création d’un centre social et en prend la direction pendant quelques années.